
Après avoir défini rapidement ce qu’est le sentiment de solitude dans le dernier article, je pose la question maintenant de savoir si ce ressenti est le même pour tous. Vous vous en doutez, la réponse est non !
Non seulement nous ne vivons pas les mêmes difficultés au cours d’une vie mais nous n’y réagissons pas non plus de la même façon. Certaines personnes vont être amenées à se sentir plus seules que d’autres. Des études en neurosciences sociales nous ont montré que les personnes souffrant plus de solitude ne sont pas forcément celles qui ont le moins de contacts sociaux, mais bien celles qui disposent d’un fonctionnement psychique caractérisé par une sensibilité à l’exclusion sociale, des capacité moindres à auto-réguler ses émotions et des représentations mentales de la solitude particulières.
Ce fonctionnement psychique, il se développe depuis la naissance, notamment dans les interactions aux figures parentales puis à l’entourage social. John Bowlby a beaucoup travaillé pour expliquer les mécanismes de développement du lien à l’autre et à soi-même. Il parle de la notion d’attachement. Nous venons au monde avec des prédispositions innées aux contacts sociaux. L’attachement est alors un besoin, et c’est la relation mère-enfant qui va permettre le développement de cet attachement. Notre type d’attachement va se construire au fur et à mesure de nos expériences autour de la présence/absence de la mère. C’est au cours de ces expériences que se développent la capacité à être seul, à auto-réguler ses émotions, le sentiment de sécurité interne, l’estime de soi.
Le sentiment de solitude est donc bien une perception interne plus que le reflet d’une réalité. Nous y sommes plus ou moins sensibles en fonction de nos représentations mentales de la solitude acquises tout au long de notre développement.
Vous l’avez compris, le fait de se sentir seul peut être plus ou moins difficile à vivre pour chacun. Pour certains, c’est l’occasion de se recentrer, de méditer, de réfléchir ou de prendre du recul. Pour d’autres, il s’agit d’un poids non négligeable à supporter et qui peut entraîner de lourdes conséquences sociales, psychiques et physiques. Alors, comment repérer cette solitude ressentie chez soi ou les autres alors que nous y sommes tous sensibles de façon différente ? Heureusement, il existe bien des constantes dans ce domaine.
Le retrait de situations sociales auparavant appréciées, le repli sur soi, le sentiment d’être incompris des autres, le sentiment d’être exclu ou jugé, ou encore le sentiment d’être différent ou abandonné, sont autant de signaux d’alerte. Que vous le perceviez chez vous ou chez un autre, n’hésitez pas à engager la conversation et à chercher de l’aide pour y faire face. Nos représentations mentales sont loin d’être figées. Nous pouvons nous développer tout au long de notre vie et mettre nos représentations en mouvement pour vivre mieux, vivre différemment. C’est le but de la psychothérapie.
