
Depuis que j’écris sur la solitude dans la pandémie, je ne cesse de commettre une erreur de frappe à l’ordinateur. Je commence par écrire « soli » puis mes doigts continuent seuls… « daire » … « SOLIDAIRE ». Et si la solidarité était le remède à la solitude, à l’isolement ? Cela vous parait fou ? Je comprends … Mais pensez-y un peu plus. Comme une personne âgée peut être ravivée, ragaillardie, par l’arrivée du dernier arrière-petit-enfant dans la famille. Le fait de s’occuper d’un autre être, de prendre soin, nous permet de nous sentir utile. De plus, sans compter le contact social qu’apporte chaque rencontre, aider un autre être nous permet de nous décentrer quelques temps de nos propres douleurs qu’elles soient physiques ou bien psychiques. On peut alors sortir du désespoir, de la dépression, en répondant présent pour une cause plus grande que soi. On peut dépasser nos peurs, nos frustrations. On se concentre sur l’autre sans lequel nous ne pouvons vivre.
Je ne suis bien sûr pas la seule à avoir fait l’hypothèse des bienfaits de la solidarité. Dans une interview pour Essentiel Santé Magazine, Alexandre Jollien, un philosophe suisse, répond à la question « Comment définiriez-vous la solidarité ? » par ces mots : « L’étymologie du mot nous renseigne. La solidarité, c’est ce qui nous rend solides, ensemble. C’est la compréhension intime de l’interdépendance de tout être. On ne saurait vivre heureux seul, dans son coin, totalement retranché des autres ».
La dernière partie de cette citation souligne que l’on ne peut pas vivre l’un sans l’autre. Quel problème alors lorsque nous devons rester confinés ou que nous devons limiter nos contacts sociaux. C’est ce qui explique les difficultés de beaucoup de personnes en ce moment à rester dans un élan positif. L’être humain se construit psychiquement dans sa relation aux autres. Je vous épargne la théorie, ce n’est pas l’important dans cet article. C’est dans ces interactions aux autres que le bébé, l’enfant, l’adolescent puis le jeune adulte se construit intérieurement. Il est donc facile de comprendre toute l’importance du contact humain dans notre bien-être. Que fait-on alors lorsque ce contact est modifié par l’arrivée d’un virus ? J’y viens mais revenons d’abord à notre citation, dont la première partie souligne que nous sommes solides ensembles, que nous sommes solidaires. Comment être solide ensemble si on ne peut se voir, se toucher ? À la manière des associations qui souhaitent pourvoir aider de loin comme de près par les lignes d’écoute téléphonique et qui existent depuis très longtemps. On peut utiliser nos téléphones, nos ordinateurs pour contacter nos proches isolés. On peut contacter les associations autour de nous pour demander s’ils ont besoin de bénévoles pour appeler leurs usagers et leur éviter l’isolement. Parce que si nous sommes confinés, nous sommes aussi libres de décider si nous gardons la tête sous l’eau ou si nous essayons de nous rattacher au monde, de devenir parti d’un tout, de devenir solidaire. La solidarité apparaît ici comme une piste pour aller mieux en cette période difficile puisqu’elle nous reconnecte aux autres.
Le processus vers un mieux-être peut être long et prendre des chemins bien différents pour chacun. L’important c’est de continuer d’essayer de s’élever pour créer du lien et se retrouver… peut-être même un peu plus solide qu’avant.
